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Ne serait-il pas merveilleux si ces histoires étaient vraies? Malheureusement (ou heureusement) ce n'est pas le cas. Elles ne sont que le fruit de mon imagination fertile. Tous les personnages et les événements décrits sont fictifs et si vous croyez vous reconnaître ou reconnaître une de vos connaissances, ce n'était pas mon intention et ce n'est qu'une coïncidence. J'espère que ce blogue vous plaira. N'hésitez pas à en faire circuler le lien où vous vous promenez sur l'Internet et à laisser des commentaires ci-dessous. J'aime bien entendre parler de vous.

Geoffroy


2014-03-10

Chronique hospitalière II : La luciole



Le présent récit fait partie d'un feuilleton. Vous pouvez lire le premier épisode et suivre l'hyperlien à la fin de chaque billet pour lire la suite.

Je ne sais pas si ça n’arrive qu’à moi, mais chaque fois que je vais consulter un médecin celui-ci finit toujours par me faire des recommandations qui n’ont rien à voir avec l’objet de ma visite.

Passe encore qu’il m’exhorte à cesser de fumer, une chose qui m’exaspère particulièrement c’est quand il m’avertit qu’il faut que je perde du poids.

C’est exactement ce que le bon docteur qui m’avait diagnostiqué une entorse du genou m’a dit. Je quittai son officine irrité mais déterminé à lui rabattre le caquet.

Pour maigrir, il suffit de suivre un régime alimentaire équilibré. Oubliez les abonnements aux gymnases et autres clubs de conditionnement physique. Ces établissements peuvent certainement vous donner du tonus et affermir vos chairs, mais si vous souhaitez affiner votre silhouette, il vous faudra vraiment faire beaucoup d’exercice. Malheureusement, plus on fait de l’exercice plus on risque de se blesser.

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Selon une étude canadienne, 40,2 % des gens âgés de 20 à 64 ans qui se sont blessés au Canada en 2009-2010 l’ont été en faisant du sport, de l’exercice ou en marchant, comparativement à seulement 16,5 % qui ont subi une blessure en travaillant. Certains pourraient dire que cela démontre que le travail c’est la santé.

Au Canada, la clé de l’alimentation équilibrée se trouve dans le Guide alimentaire canadien publié par Santé Canada. Ce guide est essentiellement basé sur quatre groupes alimentaires : les fruits et légumes, les céréales et féculents, les produits laitiers et la viande et autres sources de protéines.

Dans le Guide alimentaire, on explique ce qui constitue une portion type pour chaque groupe alimentaire. Il ne s’agit plus ensuite que de déterminer combien de portions vous avez besoin quotidiennement en fonction de votre sexe et de votre âge et de tenir un registre de ce que vous consommez. Si vous vous en tenez au Guide, vous perdrez du poids rapidement et, en principe, sans risque pour votre santé.

C’est ce que je fis pendant que mon genou me faisait défaut et je maigris de 18 kilogrammes en trois mois. Encore 12 kilos à perdre et j’aurai atteint mon poids-santé et réduit mon médecin au silence.

Ma cure d’amaigrissement était pourtant loin dans mes pensées le matin où je me réveillai paralysé dans mon lit.

La situation aurait pu être dramatique si ce n’eut été d’un facteur jouant en ma faveur : il ne faut jamais sous-estimer le pouvoir d’une vessie pleine.

Malgré la douleur, au bout d’une trentaine de minutes, je réussis à tourner la tête, puis à bouger les doigts, les poignets, les coudes, les jambes, pour finir par m’asseoir péniblement sur le bord du lit.

Après m’être soulagé dans mon vase de nuit improvisé, je fis le bilan de ma situation. Mon entorse n’était plus que le cadet de mes soucis. Mes déplacements étaient de plus en plus limités en raison de mes cruelles courbatures. Sortir de chez moi allait tenir du miracle. Mon réfrigérateur se vidait graduellement et, pis encore, j’allais bientôt être à court de cigarettes.

Je me situais au milieu du proverbial tunnel dans lequel je cherchais désespérément à trouver la lumière.

Tandis que je me morfondais devant ma situation, le téléphone sonna. C’était mon amie Lucide qui s’inquiétait et appelait pour prendre de mes nouvelles.

Je lui fis part de ma diminution physique et des problèmes que j’éprouvais pour m’approvisionner. Sans hésiter, elle me proposa de faire quelques courses pour me ravitailler et me dit qu’elle passerait le soir même à la maison, après le travail.

Dans l’obscurité de mon souterrain, une luciole venait d’apparaître pour me guider de sa lumière et m’aider à m’en sortir.

La luciole est un coléoptère de la famille des lampyridæ qui compte plus de 2 000 espèces. La plupart des femelles ne volent pas et ressemblent à leurs larves, d’où vient leur nom de « ver luisant ».


Quand Lucide arriva chez moi les bras chargés de victuailles, elle subit un choc épouvantable. Ce n’était pas de voir son ami cloué au lit, estropié, qui la marqua autant que de constater le désordre qui régnait dans mon logement.

Confiné au lit depuis quelques semaines, les tâches ménagères n’occupaient plus la priorité dans ma vie. La vaisselle s’empilait sur le comptoir de la cuisine, le plancher était jonché d’objets que j’avais échappés et que j’étais incapable de ramasser parce que je ne pouvais plus me pencher, le linge sale s’amoncelait dans un coin de ma chambre et la poussière s’accumulait partout où elle pouvait étendre son emprise.

« C’est un vrai bordel chez toi! dit-elle en jetant sur mon lit les sacs qu’elle portait. Comment peux-tu faire pour habiter un endroit pareil? »

« Euh... M’as-tu apporté des cigarettes? »

« Elles sont là, dans le sac, répondit-elle distraitement en promenant son regard sur le fouillis de mon appartement. Tu as des sacs à ordures? »

« Dans l’armoire, sous l’évier », répondis-je en fouillant dans l’un des sacs à provisions pour trouver les cigarettes.

Lucide disparut dans la cuisine pendant que j’essayais d’ouvrir un paquet de cigarettes de mes doigts gourds. La pellicule de cellophane qui enveloppait le paquet me causait des problèmes, mes doigts avaient perdu toute leur dextérité.

Lucide revint dans la chambre avec son sac à ordure et, en voyant mes mains tremblantes se démener avec le paquet de cigarettes, elle s’exclama :

« Qu’est-ce que tu as aux mains? Regarde tes phalanges! Elles sont rougies et toutes enflées! Ton problème est plus grave qu’une entorse, tu dois voir un médecin. Allez, je t’emmène à l’hôpital! »

Avec peine, je commençai à m’habiller. J’avais vraiment perdu beaucoup de poids, mes vêtements étaient devenus trop grands pour moi. Je me sentais mal en point, faible et nerveux.

Il me fallut près d’une demi-heure pour réussir à me lever avec l’aide de Lucide. Quand je fis mes premiers pas en m’appuyant sur ma canne, j’avais l’impression que mes fémurs reposaient directement sur mes tibias, sans passer par mes rotules. La douleur cinglante me fit presque perdre connaissance.

J’habite au premier étage. Les 14 marches de l’escalier qui mène chez moi allaient être pour moi un véritable chemin de croix. À plusieurs reprises, je vins près de défaillir et dus m’asseoir pour reprendre mes esprits.

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Le chemin de croix (via crucis) représente les 14 arrêts que fit Jésus pendant son calvaire. Chacun de ces pénibles arrêts s’appelle une station, d’où vient l’expression « station de métro », sans doute à cause des tourments que doivent y endurer les voyageurs qui attendent leur train.
Finalement, je me suis retrouvé dehors. J’étais enfermé chez moi depuis un mois et l’hiver était arrivé entre temps. Il faisait froid et la neige crissait sous mes pas. Avec effort, je m’assis dans la voiture de Lucide qui démarra.

Nous étions en route pour l’hôpital, cet entrepôt où l’on entasse toute la misère du monde.

Lisez la suite de ce récit dans Chronique hospitalière III : L’encubé



2014-03-01

Chronique hospitalière I : la goutte qui fait déborder le vase



Aïe! Un élancement atroce me réveilla au milieu de la nuit.

C’était la quatrième fois depuis 30 ans que j’avais une crise de goutte. Je connaissais le refrain : une douleur aiguë à l’articulation du gros orteil qui se résorberait à coups de compresses de glace et d’anti-inflammatoires. J’en serais quitte pour flâner au lit quelques jours en relisant Guy de Maupassant.

Hélas! Après trois jours, bien que l’enflure ait diminué, j’avais toujours mal au pied et je me déplaçais en boitant. Ce n’était pourtant pas intolérable et je retournai au travail où m’attendait la révision d’un long rapport sur l’injection de nouveaux capitaux pour aider à cristalliser le système de santé publique canadien.

« La goutte? Tu te prends pour Molière maintenant? » se moqua mon ami Aaron quand il me vit au bureau.

J’essayai de lui expliquer que la goutte n’était pas une affliction désuète et que sa prévalence était actuellement à la hausse en Amérique, mais mon collègue ne m’écoutait plus : il se concentrait sur la cafetière qui crachotait avec peine un espresso récalcitrant dans sa tasse.

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On croit que la machine à espresso fut inventée en 1884 par Angelo Moriondo, de Turin, en Italie. Le breuvage gagne en popularité partout dans le monde à partir des années 1980 et, depuis, de petites machines comme celle-ci ornent les comptoirs des cuisines en Amérique du Nord.
Les semaines passèrent et je claudiquais toujours, tant et si bien qu’un de mes genoux se mit de la partie rendant ma démarche encore plus grotesque. Je consultai un médecin qui, après examen sommaire de mon genou enflé, déclara que je souffrais d’une entorse et recommanda deux semaines de repos en évitant de mettre du poids sur ma jambe.

Je pris donc les deux semaines de vacances annuelles qui me restaient et continuai ma lecture des contes de Maupassant.

Mon congé forcé tirait à sa fin et je devais retourner au travail, mais mon genou me faisait toujours languir. Muni d’une canne, je retournai à la clinique où le médecin palpa brièvement mon genou tuméfié et opina immédiatement :

« Voilà un superbe cas d’entorse avec déchirure ligamentaire! Il vous faudra vous mettre au lit mon cher! Ne vous avais-je pas dit de prendre du repos? »

« Mais ça fait deux semaines que je suis à la maison! »

« Au lit? Non, non, mon ami, gardez le lit, la jambe surélevée, appliquez des compresses de glace quatre fois par jour et je vous prescris des anti-inflammatoires pour apaiser le mal. »

L’ordonnance en main, j’appelai un taxi pour me conduire à la pharmacie tout en pensant que, ayant épuisé mes vacances annuelles, je devrais dorénavant prendre des congés sans solde pour me soigner.

Le chauffeur de taxi était loquace et, voyant ma canne, me demanda ce qui m’était arrivé.

« Oh, ce n’est rien, une vilaine entorse au genou » répondis-je.

« Vous devriez cesser de fumer! » observa-t-il.

Peu impressionné par la sagesse populaire du gaillard, je ne pouvais qu’être sidéré par le succès de la publicité anti-tabac mise de l’avant par l’État, le corps médical et l’industrie pharmaceutique et qui permet de porter tous les maux de la Terre au compte de la consommation de cigarettes.

Je me retrouvais donc au lit à nouveau, déterminé cette fois à venir à bout de ma foulure qui commençait à me coûter cher. Je ne me levais qu’une fois par jour pour aller à la toilette et me préparer de simples repas que je mangeais allité.

Mon alimentation était frugale et consistait principalement en sandwiches, en fruits et légumes frais, en céréales, en fromage, en biscuits secs et en eau. À l’aide d’une lame de rasoir, je modifiai une bouteille de deux litres de boisson gazeuse pour m’en faire un pot de chambre afin de limiter mes déplacements.

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La bouteille de polymère de téréphtalate d'éthylène a été inventée en 1973 par Nathaniel Wyeth, un ingénieur américain, pour contenir des liquides sous pression comme les boissons gazeuses. Si l’urine humaine contient peu de gaz carbonique, bien des gens se servent de ces bouteilles pour se soulager en cas d’urgence.
Au bout d’une semaine de ce régime, l’inactivité commençait à laisser des marques. Certains s’amusent à résoudre la quadrature du cercle, mais moi j’étais maintenant aux prises avec la courbature du dos, tant et si bien que m’asseoir dans mon lit ou me lever représentaient des défis de taille.

Je réussissais à me tirer hors du lit à l’aide d’une courroie attachée à la porte de ma chambre et d’un tabouret sur lequel je me soulevais avec mon coude. De jour en jour cependant, le trajet entre ma chambre, la salle de bain et la cuisine devenait de plus en plus pénible.

Un matin je me réveillai étendu sur le dos, les bras écartés, complètement paralysés.

Je suis sûr que c’était la première fois dans l’histoire de la médecine moderne qu’une crise de goutte se transformait en entorse du genou pour finir par se propager au torse et aux membres supérieurs d’un individu.

C’est à ce moment que je compris que j’avais vraiment besoin d’aide.

La suite de ce récit dans Chronique hospitalière II : La luciole.