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Ne serait-il pas merveilleux si ces histoires étaient vraies? Malheureusement (ou heureusement) ce n'est pas le cas. Elles ne sont que le fruit de mon imagination fertile. Tous les personnages et les événements décrits sont fictifs et si vous croyez vous reconnaître ou reconnaître une de vos connaissances, ce n'était pas mon intention et ce n'est qu'une coïncidence. J'espère que ce blogue vous plaira. N'hésitez pas à en faire circuler le lien où vous vous promenez sur l'Internet et à laisser des commentaires ci-dessous. J'aime bien entendre parler de vous.

Geoffroy


2012-03-17

La barbe de Geoffroy



On me demande souvent pourquoi je porte la barbe. À mon avis, c’est un peu comme si on me demandait pourquoi j’ai les yeux bruns, alors je réponds invariablement que j’ai une barbe depuis ma tendre enfance et que j’ai même une photo pour le prouver.

jeune garçon, complet, nœud papillon, barbe
Une photo de l’auteur âgé de six ans. Malgré un talent indéniable, l’auteur n’a jamais pu percer dans le milieu des artistes Photoshop...


Hélas! La vérité est toute autre et comme En direct de l’intestin grêle est la plate-forme idéale pour mettre les pendules à l’heure, permettez-moi, que vous le vouliez ou non, de vous raconter cette histoire.
***
À l’époque, j’habitais dans le nord du Canada; pas le Grand Nord, mais le Moyen Nord tout de même.

C’était un soir d’automne misérable. Il faisait froid et il pleuvait avec acharnement, furieusement, de cette pluie qui n’arrive pas à se décider si elle va se transformer en neige ou non.

Je travaillais comme gardien d’un refuge pour jeunes qui avaient de la difficulté à passer de l’adolescence à l’âge adulte. Vous voyez le genre : drogue, alcool, prostitution, délinquance, isolement. Parfois les jeunes venaient d’eux-mêmes, parfois c’était les parents qui nous les emmenaient, nous disant : « s’il-vous-plaît, prenez-le, je ne sais plus quoi faire »!

Bien souvent, j’avais l’impression qu’il aurait plutôt fallu héberger les parents.

Ce soir-là pourtant, j’étais seul. Les cinq chambres de la vieille maison étaient inoccupées. Je lisais dans la cuisine où ronflait le poêle à bois que j’utilisais avant l’hiver pour économiser le mazout.

Soudain, on frappa à la porte. C’était deux policiers accompagnés d’un homme en début de trentaine, habillé pauvrement, trempé des pieds à la tête et tenant un sac à dos dans ses mains.

– Ce monsieur est venu au poste de police nous demander asile pour la nuit. Nous ne sommes pas une auberge et il n’a pas d’argent. Plutôt que de le laisser partir et devoir l’arrêter plus tard dans la nuit pour vagabondage, nous avons pensé l’emmener ici puisque nous savons que vous hébergez parfois les gens.

La logique des membres des forces de l’ordre m’échappe parfois et je répondis :

– Nous ne sommes pas une auberge ici non plus, mais je vais le prendre quand même : on ne laisse pas quelqu’un dehors par un temps pareil.

Les deux policiers se regardèrent, soulagés de ne pas avoir à faire une arrestation, à rédiger un rapport et peut-être à devoir témoigner devant un juge pour une cause insignifiante.

Quand les deux pandores furent sortis, le vagabond me remercia humblement et me dit qu’il s’appelait Roland.

« Bienvenue Roland, enlève ton manteau, dépose ton sac et viens te chauffer près du poêle. As-tu faim? Veux-tu manger? » lui dis-je en lui donnant une serviette pour qu’il se sèche un peu.

J’avais, sur la cuisinière électrique, une grande casserole de ragoût qui fut réchauffé en un instant. Je servis une généreuse portion à mon hôte qui se mit à l’avaler goulûment pendant que je mettais de l’eau à bouillir pour le thé.

Tandis qu’il mangeait, Roland me raconta qu’il se rendait en auto-stop dans une petite ville à 250 kilomètres de là pour commencer un emploi que la maison de transition lui avait trouvé. Il venait de purger une peine de plusieurs années pour différents méfaits et voulait refaire sa vie, loin de la ville, en espérant que les gens lui laisseraient une deuxième chance.

Pour ma part, je n’ai rien contre les deuxièmes chances, ni les troisièmes et quatrièmes s’il en faut. En fait, j’aurais bien de la difficulté à savoir quand et comment juger qu’une personne est irrécupérable.

Nous avons parlé pendant quelque temps, Roland et moi, puis je le le conduisis à sa chambre et lui souhaitai bonne nuit.

Quand je me levai le lendemain matin, mon hôte était déjà parti, sans rien dire, sans laisser un mot. J’ai mis une bûche dans le poêle, préparé le café puis je suis allé faire ma toilette.

Après avoir pris ma douche et m’être séché, je m’apprêtais à me raser quand je me suis aperçu que mon rasoir électrique avait disparu. À la place il y avait un blaireau, un rasoir jetable et une bonbonne de crème à raser.

blaireau, rasoir jetable, mousse à raser, savon à raser, crème à barbe
Le blaireau est une brosse de poils servant à savonner la barbe. C'est sûrement la méthode la plus désagréable de se raser et les autorités pénitentiaires la font utiliser par les détenus sans doute pour leur rappeler que la prison, ce n'est pas une colonie de vacances.


Les gens de mauvaise foi diront que l’homme que j’avais charitablement hébergé s’était enfui discrètement après avoir commis son larcin.

Je préfère croire que c’était le Tout-Puissant ou la Grande Déesse qui me donnaient un signe. Peut-être même que le grand Vishnou – ou l’un de ses avatars – était lui-même descendu des Cieux pour subtiliser mon rasoir afin de me faire comprendre qu’il était temps que je sorte du rang des imberbes.

Ce jour-là, j’ai commencé à me faire pousser la barbe. Je ne le regrette pas puisque porter la barbe est l’une des seules choses que je sache bien faire.

Vishnou, Lakshmi, serpent, sculpture, bois peint
Le dieu Hindou Vishnou se repose avec sa compagne, la déesse Lakshmi, sur le monde symbolisé par un serpent venimeux géant. Vishnou est le défenseur du calme et de la paix. À force de se reposer sur les serpents venimeux, j'imagine que Vishnou ne s'en fait pas avec grand chose... Image obtenue de Photobucket.



4 commentaires:

  1. J'aime votre photo d'enfance à la barbe. Très drôle!

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  2. Merci Loredana, vous êtes gentille. On dirait presque une vraie barbe, n'est-ce-pas?

    Merci de lire l'Intestin grêle!

    Geoff

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  3. J'ai aimé l'histoire mais je crois que tu as appris la mauvaise leçon. Vishnou n'a pas voulu que tu te fasses pousser une barbe : il a voulu que tu commences à te raser avec un rasoir jetable. La plupart des gens maintenant utilisent des rasoirs jetables. Ils fonctionnent beaucoup mieux qu'un rasoir électrique.

    ils ont trois lames.

    L.

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  4. Hum! Intéressante perspective... Mais mon rasoir électrique avait trois têtes, ne devrait-on pas en tenir compte?

    Merci de lire l'Intestin grêle.

    Geoff

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